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9 agosto 2010 1 09 /08 /agosto /2010 16:40

 Â la demande de Brigitte et en la remerciant car elle m'a fait revivre dans le texte.

 

Au dessert   mes grand’parents nous demandaient un poème , nous le recitions juchés sur une chaise et à la fin il y avait des applaudissements et une monnaie en récompense. Quand j’ai appris La Canción del Pirata de Espronceda                                                          ma grand’mère me donna un duro (5pts) Un duro c’était beaucoup d’argent. Je leur dois mon amour de poésie (sic pas aux monnaies , à mes grand’parents Cugat)        

Ensuite ou en même temps les adultes prenaient le café. Ma mère (mon père le fils Cugat n’était pas là, n’oubliez pas il était ou en prison ou en exil)ma mère donc ne voulait pas qu’on nous donna du café, ma grand’mère ou Xon ou les deux répliquaient que l’anis était bon pour l’intestin, et que donc les enfants pouvaient boire du café avec de l’anis et nous prenions du café. Ensuite je me vois gisant sur le banc de l’office, dans                                                                                                                                                                 l’obsc                                                             urité, avec tout, les meubles, les murs et grande cuisinière de l’Hotel, dansant autour de moi.

A chaque fois que je sens ce parfum d’anis je retourne à la cuisine de l’Hostal des Cugat. Dans les cafés de Paris, de toute la France, à l’heure de l’apéritif, le Ricard et le Pernod remplissent les verres de mes voisins et je n’arrête pas de voyager sur le banc de l’Hostal, dans l’obscurité meubles, vaisselle et le reste dansent leur danse menaçante. L’anis ma madeleine.

Plus tard nous jouions à cache cache, montant et descendant des escaliers, ouvrant des portes, pénétrant dans les chambres, nous cachant sous les lits, dans les armoires. Mon frère hésitait, ou n’osait pas, ouvrir la porte mystérieuse, moi elle m’attirait, pas dans les étages , il en existait une à chaque étage, mais au premier étage, celui de la vie commune, c’était la porte de ce qui avait été la salle à manger de l’Hostal et mon grand’père la franchissait chaque jour pour aller lire le journal. La porte donnait sur le trou-salle à manger… Avec mon frère derrière moi je l’ouvrais en essayant de ne pas faire de bruit, aussitôt nous entendions que l’on criait ¡Oco! ¡no hi anasseu !   c’est-à-dire  « Attention! n’y allez pas! »

Le bâtiment était si bien situé, à côté du pont sur l’Ebre que, en temps de bombardement, il était une victime propitiatoire. La bombe était tombée, avec précision, laissant indemnes les murs, et enfonçant le centre de la salle à manger, mais le balcon, le long de la façade qui dominait le fleuve avait bien resisté. Mon grand-père aimait lire La Vanguardia assis sur ce balcon. Pour y arriver il devait longer le trou. Mon Yayo Pepe prenait le frais qui descendait par le fleuve, quand il voyait ma tête par la porte entr’ouverte souvent il m’appelait (s’il ne m’appelait pas je n’avais pas le droit d’y aller)

 Cette année, 2009,on a démoli la dernière maison fin de siècle (XIX) au bord de l’Ebre, au rez de chaussée les Ena avaient leurs écuries, elle donnait sur le fleuve, c’était une maison avec vue, assis sur les bancs carrelés d’azulejos de la terrasse du premier étage on faisait ses délices du coucher de soleil sur le Monte Caro, l’heure sorcière, le ciel rose, bleu lilassur la montagne aussi bleue que la Ste Victoire de Cézanne. La terrasse, petite carrée, était ravissante sur ses trois Còtés les blancs d’azulejos au dessin persan bleu et jaune art nouveau ils évoquaient avec moins de pompe les azulejos de la place d’Espagne, des jardins de Mª Luisa à Sevilla. Espérons que quelqu’un plus connaisseur que les autorités aura pensé à les garder.
 Et comme toujours dans toutes les maisons détruites sont restés sur les murs voisins les traces de vie perdue, restes précieuxpour les anthropologues, les ethnologues, les archéologues : peinture, carrelages, bois,on peut deviner ou savoir si les habitants avaient des enfants, s’ils avaient une salle d’eau, où se trouvait la salle à manger, où le bureau, on voyait la diagonale de l’escalier peinte avec un changement de couleur à la hauteur d’un homme. Mon autre madeleine ; tout un panel d’indications pour les rêves d’une petite fille qui se promenait à travers la Tortosa équarrie de 1940.

En passant devant la Gare on me disait « Tu es née là » et moi je voyais un terrain vague plein de décombres, maintenant au même endroit je vois une maison quelconque mais comment était celle de ma naissance ? Je suis me disait-on au 2º étage au premier vivaient mes grands parents maternels les Fornós.Très bien placées les édifices de ma famille du côté de mon père le pont du côté de ma mère la Gare.

Les bombes ont détruit tout,n’importe quoi,  n’importe où, le quartier des pécheurs ( ?) sis dans la plaine au centre du méandre de l’Ebre.

Sur la rive même on y voit le marché, qui pendant des années jusqu’à ce que l’on restaure pour son centenaire, montrait sur sa façade « del riù » les traces de mitraille.

Très tôt dès les années 40 on construisit au lieu des maisons des pécheurs une place de style castillan entourant  la nouvelle mairie en briques entourées de piliers blancs inspirée du Madrid des Hasbourg  Elle avait encore  en 2008 un toit en vitrail avec le blason, l’aigle franquiste.

 A la croisée des Pays  Catalans, à égale distance de Barcelona, Valencia et Zaragoza (les 3 capitales du royaume d’Aragon) sa richesse et  sa renommée  Tortosa  les doit plutôt les devait à sa localisation géographique, tête de pont sur l’Ebre et sur son Delta. En ce temps là la municipalité de Tortosa arrivait jusqu’au phare de Buda la pointe extrême du delta toute la rive gauche et ses rizières. Autrefois par l’Ebre descendaient les céréales de la Castilla vers la. Sa bourse,(lonja du XVª siècle) on fixait le prix du blé pour toute la Méditerranée, Le bois de la cordillère Ibérique descendait aussi par l’Ebre, jusqu’au début du XXºs  elle avait un arsenal. Dernière ville de Catalogne au Sud sa place forte était le bastion qui la défendait. En 1938quand les troupes de Franco victorieuse en Aragon, arrivèrent à Vinaroz, elles coupèrent la route de Valencia où se trouvait le gouvernement républicain et isolèrent la Catalogne. Dons Franco aurait gagné dejà en 1938 sans ce qui s’appelle la Bataille de l’Ebre qui débute le 25 juillet 1938. Quand on prononce Bataille de l’Ebre aussitôt on te rétorque « ¡Ay Carmela ! quelle belle chanson, chante là»

http://www.youtube.com/watch?v=TaEgU7oBmTQ&NR=1

 

 Moi je ne m’y connais en musique, ¡Ay Carmela! Me paraît une chanson joyeuse et populaire, un air qui transmet l’enthousiasme des soldats, los rojos qui traversent le fleuve, le 25 juillet 1938 et repoussent les troupes franquistes, les maures ou comme on veuille les appeler.   Mais moi cette chanson me blesse, me transperce le cœur. A deux ou trois ans, je ne la connaissais pas, sependant même aujourd’hui je ne peus entendre sans un sursaut le moteur d’un avion dans le ciel, au dessus de ma tête, hier soir pendant que j’essayais de dormir j’en entendis un... noir souvenir  sur un paysage ensoleillé.

En 1940 Tortosa était une ville en ruines où nous étions rentrés tous… les vivants, les morts et ceux qui moururent ou que l’on tua après, ils  ne sont pas rentrés tous il en reste dans les camps d’Allemagne, Mathaussen en particulier, il en reste dans les fosses communes hors les cimetières, sur le bord des routes, des morts comme Lorca auxquels on ordonnait de courir et on les fusillaient en leur tirant dans le dos « parce que ils avaient entrepris de s’enfuir »

 Il ne resta pas de pont intact, de l’un le plus prisé il reste un pilier de dalles au milieu du fleuve,  à ses côtés en 39 on monta un pont de braques comme celui que la ville avait au XIXs et qu’un incendie avait détruit en 1897.

Un jour quelques années plus tard mon Yayo m’appela sur le balcon, « j’étais assez grande pour savoir me souvenir »Il me montra une page de la Vanguardia : le portrait de trois hommes et plus à droite un autre le Pape Pie XII, le doigt de mon grand’père me le montra et Yayo dit « c’est un fils de putain, tudois te le rappeler toute ta vie » Ensuite il montra les trois autres : « celui-ci c’est Staline il nous a aidés pendant la guerre, celui là Roosevelt a été tr`s correct mais celui.ci Churchill c’est aussi un fils de putain.

Tour Yalta en une phrase, moi j’avais dix douze ans et j’ai su et je m’en souviens…

L’espagnol dit que la lettre rentre avec du sanget ma vie pendant et après la Guerre Civile était du sang.

 

 

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Published by maririu - en mémoires
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Comentarios

Brigitte 08/14/2010 12:42


Quelle peinture émouvante de ton enfance et de ta ville que je n'ai pas connue si sanglante mais dans la grisaille du XXIe siècle, merci pour cette traduction. besos


maririu 08/14/2010 16:03



merci à toi pour me l' avoir demandée, il fallait que je la fasse mais j'avais besoin d'encouragements, j'espère continuer...



Flamenco Rojo 08/12/2010 22:13


Los francoparlantes sabrán agradecerte esta traducción.

Un abrazo.


maririu 08/14/2010 16:04



así lo espero rojillo. hasta pronto



Gaspard 08/10/2010 23:51


La colère des imbéciles remplit le monde.
Bernanos, 1938, 'Les Grands Cimetières sous la lune.'
Bises from Australia.


maririu 08/11/2010 00:18



je suis contente de recevoir des bises de si loin, ah l?australie!


Je suis d'accord avec Bernanos et je pense avec toi (je ne suis pas imbécile, du moins je l'espère) mais tu es assez hermétique


bises catalanes



Miguel Mora 08/10/2010 20:53


Supongo que empiezo a estar muy mal de la memoria. Peor de lo que creía, porque no recordaba este texto tuyo de septiembre del año pasado. Quiero creer que por alguna razón no lo había leído.
Tenemos la suerte de que tú sí tienes muy buena memoria y nos sabes trasmitir con mucha emoción una etapa tan importante de tu infancia. Y de nuestra historia no tan pasada, no tan antigua. Se unen
los datos y los sentimientos como se une tu historia personal (tu biografía) con nuestra historia como pueblo, con nuestra biografía colectiva, esa que desconocen hasta los jóvenes historiadores
que ignoran que hubo una guerra…
Especialmente conmovedoras tus particulares madalenas y montañas St. Victoire. Y la referencia a ese durísimo aprendizaje vital que entra, nunca tan apropiada la comparación, con sangre.


maririu 08/11/2010 00:16



Siempre pensé que no habías podido leerlo, yo procuraba olvidarlo, y aun no sé como voy a continuar, en París no pude y ahora me he comprometido conmigo misma.


Lo has entendido muy bien gracias.



catherine 08/09/2010 18:37


Nous pouvons revisiter les souvenirs, tes souvenirs, douloureux de Tortosa.
Je croyais lire la traduction de Ay Carmela! mais je crois que tu n'as pas envie de la chanter.
Bonne répétition por reprendre le fil de tes souvenirs pour le blog. Somos varios esperando que nos cuentes.


maririu 08/09/2010 19:14



salut toi! tu veux dire la chanson?


Toute la famille te dira qu'il vaut mieux que je ne chante pas, tu verras


je croyais qu'il y avait un lien de you tube mais non je n'ai pas envie. J'ai envie de changer d'étape 



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